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Narva/Sillamäe : à la frontière Estonie-Russie

Dans cet article, le récit de ma journée insolite en route vers Narva, à la frontière russe de l'Estonie, puis vers Sillamäe, une ancienne ville fermée en URSS.

Les drapeaux estonien et russe flottent de chaque côté de la frontière, marquée par le fleuve Narva
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Le 03/06/2026

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Le 03/06/2026

À l’occasion d’un road-trip en Estonie, j’ai appris en quelques jours à découvrir la diversité impressionnante des paysages de ce joli pays balte. L’une des étapes insolites que j’ai voulu ajouter à mon itinéraire se situe tout à l’Est du pays : la ville de Narva, à la frontière entre l’Estonie et la Russie. C’est vrai, j’étais un peu curieux de voir à quoi pouvait ressembler l’ambiance dans cette ville, dans un climat de forte tension entre l’Union européenne et la Russie depuis l’invasion russe de l’Ukraine…

Dans cet article, je vous raconte ma journée passée près de la frontière entre la Russie et l’Estonie, à Narva puis à Sillamäe. Narva est la ville la plus orientale de l’Estonie, dernière ville avant la frontière russe. À quelques kilomètres de là, Sillamäe est une petite ville côtière sur les bords de la Baltique, qui ne paie pas de mine malgré son histoire étonnante…

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Du parc national de Lahemaa jusqu’à la frontière russe

Je suis arrivé la veille en Estonie, et j’ai passé ma première nuit au sein du parc national de Lahemaa. C’est le plus grand parc naturel d’Estonie, et j’ai eu l’occasion d’y faire ma première randonnée dans une tourbière ! Le parc national de Lahemaa constitue un formidable aperçu de l’Estonie, le tout à une heure de route à peine de Tallinn. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à relire mon article sur le parc national de Lahemaa en Estonie.

Pour ce deuxième jour, j’ai prévu un peu plus de route : je souhaite me rendre à Narva (à environ 2h de route de Vergi, où j’ai dormi). Ensuite, je reprendrai la route vers le sud. En effet, le soir, j’ai prévu de passer la nuit à Tartu.

Le matin même, je commence ma journée en partant à la découverte de quelques-uns des plus beaux manoirs du parc de Lahemaa. Avant de poursuivre ma route vers l’Est : direction Narva, à la frontière russe !

Narva, la frontière entre l’Estonie et la Russe

Narva : une ville et un fleuve…

Quand on arrive à Narva, l’une des premières choses que l’on cherche à faire est de rejoindre les rives du fleuve du même nom. Le fleuve Narva relie le lac Peïpous (plus au sud) au golfe de Finlande, sur environ 75 kilomètres.

Le lac Peïpous comme le fleuve Narva forment la frontière entre l’Estonie et la Russie. À Narva (la ville), le fleuve mesure 100 à 200 mètres de large. On peut donc facilement observer la Russie depuis la rive estonienne du fleuve…

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais en ce mois de mai 2026 pendant lequel je voyage, je m’attendais à ce que le climat soit un peu tendu. Bon, je ne m’attendais pas quand même à voir des chars de chaque côté de la frontière, mais au moins une présence militaire certaine. Première surprise : tout parait très calme, des deux côtés de la frontière…

Côté estonien, une jolie promenade a été aménagée le long du fleuve Narva. La bataille est culturelle : là une plaque qui rappelle qu’un bâtiment était une ancienne prison gérée par les Soviétiques, là des inscriptions au sol célébrant l’histoire de la construction européenne…

Côté russe, on aperçoit de jolies demeures sur l’autre rive, au loin. Tout ne semble pas perdu pour tout le monde…

Des passants au bord du fleuve Narva, avec la forteresse d'Ivangorod (en Russie) de l'autre côté du fleuve
Des passants au bord du fleuve Narva, avec la forteresse d’Ivangorod (en Russie) de l’autre côté du fleuve

Narva et Ivangorod : le choc des forteresses !

De chaque côté du fleuve Narva, deux villes se font face : Narva, côté estonien, et Ivangorod, côté russe. Deux villes qui s’opposent depuis des siècles, comme en témoigne les deux forteresses au bord du fleuve…

Le château de Narva (ou forteresse de Narva) a été construit par les Danois au 13e siècle, après la conquête du nord de l’Estonie. La forteresse avait pour objectif de contrôler cette importante route commerciale qui reliait la Baltique à Novgorod et à la Russie médiévale. Au fil des siècles, le château fut agrandi et renforcé par l’ordre Teutonique, qui transforma Narva en véritable place forte défensive face aux puissances russes voisines.

Sa grande tour, le Long Hermann, reste aujourd’hui l’un des symboles les plus reconnaissables l’Estonie orientale. Endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale puis restaurée durant la période soviétique, la forteresse de Narva accueille désormais un musée consacré à l’histoire de la région… et offre surtout une vue spectaculaire sur la frontière russo-estonienne.

Juste en face, de l’autre côté du fleuve, la Forteresse d’Ivangorod semble répondre directement au château de Narva. Cette imposante forteresse fut fondée en 1492 par le grand-prince Ivan III de Moscou, le même souverain qui posa les bases de l’État russe centralisé. Son objectif était clair : affirmer la puissance de Moscou face aux territoires contrôlés par les puissances baltes et scandinaves. Ivangorod est rapidement devenue l’un des principaux bastions militaires russes sur la frontière occidentale.

Depuis des siècles, les deux forteresses s’observent ainsi de part et d’autre du fleuve Narva, symbolisant les rivalités permanentes entre mondes russe et européen dans cette région stratégique de la Baltique. Aujourd’hui encore, leur face-à-face donne à Narva une atmosphère unique en Europe.

Depuis des siècles, les forteresses de Narva (à gauche, en Estonie) et d'Ivangorod (à droite, en Russie) se font face
Depuis des siècles, les forteresses de Narva (à gauche, en Estonie) et d’Ivangorod (à droite, en Russie) se font face

Le Pont de l’Amitié : une frontière sous (relative) tension

Le climax d’une visite à Narva est peut-être lorsqu’on approche du (bien mal nommé ?) Pont de l’Amitié, qui relie presque les deux forteresses entre elles.

Le Pont de l’Amitié (ou pont Nicolas Ier) constitue l’un des trois points de passage frontaliers entre l’Estonie et la Russie. Construit en 1822, il s’agit du premier édifice construit en béton dans toute l’Estonie (une plaque célèbre l’événement au pied du pont, côté estonien).

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le point de passage cristallise quelques tensions… Mais j’ai été très étonné de constater que la frontière entre l’Estonie et la Russie était malgré tout encore ouverte.

Depuis février 2024, l’accès aux véhicules est néanmoins impossible (la Russie prétend faire des travaux sur le checkpoint d’Ivangorod, mais cela ne semble être qu’un prétexte). Toutefois, la frontière est toujours ouverte aux piétons, principalement des Russes.

Le pont de l'Amitié, entre Narva et Ivangorod, est fermé à la circulation depuis février 2024 mais les piétons peuvent encore traverser la frontière
Le pont de l’Amitié, entre Narva et Ivangorod, est fermé à la circulation depuis février 2024 mais les piétons peuvent encore traverser la frontière

Pour eux, le trajet semble être une sacrée expédition : la plupart des Russes viennent en bus de Saint-Pétersbourg (à 150 kilomètres d’Ivangorod). De là, ils passent la frontière à pied, avec parfois une dizaines d’heures d’attente, puis reprennent un bus à Narva vers Tallinn…

Lors de mon passage en mai 2026, les tensions se matérialisaient également par de grands plots en béton (des constructions anti-chars) installées sur le pont, côté estonien. Mais aucune présence militaire apparente… De chaque côté de la frontière, on affiche fièrement le drapeau de son pays et, côté estonien, on y rajoute opportunément le drapeau de l’OTAN…

Le poste frontière d'Ivangorod (avec les travaux en cours depuis février 2024), en Russie, vu depuis Narva en Estonie
Le poste frontière d’Ivangorod (avec les travaux en cours depuis février 2024), en Russie, vu depuis Narva en Estonie

L’église Saint-Alexandre de Narva

À une dizaine de minutes à pied du Pont de l’Amitié vers le sud, en remontant sur les hauteurs, on peut visiter l’église Saint-Alexandre de Narva.

Construite non loin d’un ensemble de barres d’immeubles un peu glauque datant de l’époque soviétique, l’église Saint-Alexandre de Narva est la plus grande église d’Estonie. Construite entre 1881 et 1884, elle avait été conçue pour accueillir les quelques 5000 ouvriers de l’usine de Kreenholm (une petite île sur le fleuve Narva, juste à côté), une importante usine textile de l’époque.

L’église a subi d’importants dommages à la fin de la Seconde guerre mondiale, alors que Narva était bombardée par les Russes. En 1962, les autorités soviétiques ont expulsé le clergé et transformé l’église en entrepôt géant. Il a fallu attendre 1990 pour qu’elle ne redevienne une église.

Si rien ne l’indique de l’extérieur, la visite de l’église est payante. Mais si l’intérieur (une grande nef circulaire) impressionne par sa taille et son architecture atypique, on en fait vite le tour. Au moins a‑t-on le sentiment d’avoir contribué à l’entretien de ce morceau du patrimoine estonien…

L'intérieur de l'église Saint-Alexandre de Narva, qui fut endommagée lors des bombardements russes à la fin de la Seconde guerre mondiale
L’intérieur de l’église Saint-Alexandre de Narva, qui fut endommagée lors des bombardements russes à la fin de la Seconde guerre mondiale

Le « lion suédois » de Narva : une statue plus politique qu’il n’y parait…

En redescendant vers les deux forteresses, à mi-chemin, on peut observer sur un petit belvédère une (petite) statue en forme de lion, au-dessus d’une colonne. La statue représente le « lion suédois », inaugurée en 2000 pour célébrer les 300 ans de la bataille de Narva. Une victoire du Roi de Suède sur les troupes (plus nombreuses) de Pierre le Grand, le tsar de Russie.

La statue du lion suédois de Narva est beaucoup plus politique que sa taille relativement modeste ne le laisse croire. Bien sûr, il s’agit de rappeler que la Russie n’est pas toujours aussi puissante qu’elle ne veut le croire… Lors de son inauguration, la statue avait été assez mal accueillie par une large partie de la population de Narva (très majoritairement d’origine russe).

La statue du lion suédois de Narva illustre aussi la bataille d’influence qui se joue près de la frontière russe. Ces dernières années, cela passe aussi dans les écoles, où les enseignements en estonien sont renforcés au sein d’une population majoritairement russophone. Une façon de rappeler, dans un climat international tendu, que Narva est estonienne et entend bien le rester.

Le "lion suédois", une sculpture plus politique qu'il n'y parait, a été inauguré en 2000 pour commémorer les 300 ans de la bataille de Narva
Le « lion suédois », une sculpture plus politique qu’il n’y parait, a été inauguré en 2000 pour commémorer les 300 ans de la bataille de Narva
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À voir aussi : les impressionnantes centrales électriques de Narva

Après cette visite du centre de Narva, je reprends la voiture pour continuer mon itinéraire du jour, qui me mènera ce soir-là jusqu’à Tartu. Mais avant de quitter Narva, je compte voir une autre de ses curiosités : ses impressionnantes centrales électriques.

Je suis notamment attiré par quelque chose de très étrange quand on regarde une vue satellite des environs de Narva : d’immenses lacs d’eau turquoise. Une sorte de mini-lagons tahitiens dans la forêt estonienne !

En fait, il s’agit de lacs artificiels dans lesquels sont « noyées » les cendres issues de la combustion du schiste. Le mélange produit une réaction chimique à l’origine de cette couleur un peu étrange…

Les lacs artificiels, d'un bleu turquoise étonnant, sont très visibles depuis une vue satellite des environs de Narva (Estonie)
Les lacs artificiels, d’un bleu turquoise étonnant, sont très visibles depuis une vue satellite des environs de Narva

En effet, Narva abrite deux immenses centrales électriques (les plus grandes centrales à schiste bitumineux du monde) : Balti et Eesti. Une troisième centrale, Auvere, a également été construite dans les années 2010 près de la centrale d’Eesti.

Les centrales électriques de Narva couvrent plus de 85% de la production d’électricité de l’Estonie. Les centrales de Balti et d’Eesti ont été ouvertes respectivement en 1959 et en 1963, à l’époque soviétique. Devant la centrale de Balti, on peut d’ailleurs encore voir une grande statue de style réaliste soviétique, allégorie de « l’Énergie ».

Le monument "Énergie", à proximité de la centrale électrique de Balti, près de Narva (Estonie)
Le monument « Énergie », à proximité de la centrale électrique de Balti, près de Narva

Malheureusement, il ne m’a pas semblé possible de voir les lacs artificiels qui m’avaient attiré jusque là, de près. Les lacs sont construits dans le creux de buttes artificielles de plusieurs dizaines de mètres de hauteur : impossibles de les voir depuis la route.

  • Près de Balti, l’enceinte est clôturée et il n’est pas possible d’approcher.
  • Près de la centrale d’Eesti, un chemin caillouteux semble permettre de s’en approcher. Mais j’ai préféré respecter ce qui ressemblait à des panneaux d’interdiction (certains s’y aventurent quand même).

Bon, après, vu la couleur des eaux, je ne garantis pas que l’expérience soit totalement inoffensive pour la santé ou l’environnement !

D’ailleurs, il y a de quoi être un peu étonné de voir que sur le bord des routes à côté de ces centrales (et leurs immenses installations), des panneaux indiquent de faire attention aux grenouilles qui traversent la route au printemps. C’est mieux que rien, mais il y a peut-être plus important à faire pour préserver l’environnement dans la région…

La centrale d'Eesti est l'une des plus grandes centrales électriques à schiste bitumineux du monde
La centrale d’Eesti est l’une des plus grandes centrales électriques à schiste bitumineux du monde

Sillamäe, l’ancienne ville secrète de l’URSS

Les secrets de Sillamäe, une ancienne ville fermée de l’Union soviétique

Je quitte Narva, et avant de reprendre vraiment la route vers Tartu, je fais un arrêt dans une autre ville qui mérite le détour : Sillamäe. J’avais hésité à passer une nuit ici, pour faire un peu moins de route aujourd’hui, mais je ne regrette pas finalement d’avoir plutôt dormi dans le parc de Lahemaa.

Sillamäe se situe au bord de la mer Baltique, à une trentaine de kilomètres de Narva à peine. En quitte la route E20 pour entrer dans Sillamäe, on sent encore une petite ambiance soviétique : de grandes barres d’immeubles, une avenue Youri Gagarine…

Cela ne doit rien au hasard : Sillamäe était une ville très importante durant l’époque soviétique. C’était même une des « villes fermées » de l’URSS. N’importe qui ne pouvait pas s’y rendre, et il fallait une autorisation spéciale pour espérer pénétrer dans la ville.

Et pour cause : Sillamäe abritait parmi l’une des plus importantes usines d’uranium de l’URSS. De l’uranium qui servait à alimenter les centrales nucléaires du pays, ainsi sans doute que quelques bombes…

Malgré son statut d'ancienne ville fermée soviétique, le centre-ville de Sillamäe n'en est pas moins charmant
Malgré son statut d’ancienne ville fermée soviétique, le centre-ville de Sillamäe n’en est pas moins charmant

Sillamäe aujourd’hui : une jolie promenade au bord de la Baltique

Malgré ce passé historique très fort, le centre-ville de Sillamäe n’en reste pas moins plutôt charmant ! De jolies bâtiments d’époque bordent une large promenade en plein centre-ville, reliant le centre-ville à la mer.

Car c’est bien là l’atout charme principale de Sillamäe : son autre jolie belle promenade aménagée le long de la mer Baltique. D’ailleurs, les locaux ne s’y trompent pas et se baladent en masse en ce samedi après-midi. Ici, tout est fait pour le plaisir des familles : jeux pour enfants, tables pique-nique, barbecues en plein air, etc. !

Reste qu’au fond, en arrière-plan, se détache encore sur le décor de carte postale une gigantesque usine : Sillamäe abrite d’énormes usines de chimie, qui profite de leur position stratégique sur les rives de la mer Baltique.

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Informations pratiques

  • Narva se situe à environ 175km (2h de route) du parc national de Lahemaa et 210km (2h30 de route) de Tallinn. 
    • Où se garer à Narva ? Un parking gratuit se trouve près de la promenade le long du fleuve Narva (voir le parking à Narva sur Google Maps).
    • Je n’ai ressenti aucun problème de sécurité à Narva. Mais la situation pouvant vite évoluer, pensez à jeter un coup d’œil sur le site internet du ministère des Affaires étrangères avant votre voyage pour disposer des dernières informations à jour sur la situation sécuritaire à Narva.
    • En mai 2026, l’accès à l’église Saint-Alexandre de Narva coûtait 2€.
  • Sillamäe se trouve à 30km (30 minutes de route) de Narva. 

Cet article a été rédigé sur la base d’un voyage effectué en mai 2026.

Voyager en Estonie : fiche pratique

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