Abbaye d’Aulps : la vie des moines au Moyen-Âge

En Haute-Savoie, l'Abbaye d'Aulps était une abbaye cistercienne fondée au 11e siècle. Aujourd'hui quasi détruite, elle reste un vestige de la Savoie médiévale.

Vue sur l'abbaye d'Aulps depuis la nef

Pas tout à fait à mi-chemin entre Thonon-les-Bains et la station de Morzine, se trouvent les ruines de l’abbaye d’Aulps. Fondée vers la fin du 11e siècle, il ne reste plus grand-chose de l’abbaye telle qu’elle fût à sa grande époque. Seule la façade principale reste encore à peu près entière, même si l’érosion guette…

Si on ne la visite pas avec le même émerveillement que d’autres sites historiques moyenâgeux, la visite de l’abbaye d’Aulps réserve malgré tout ses quelques surprises. À commencer par un cadre magnifique au cœur de la vallée du Chablais. Différentes expositions permettent en outre d’en apprendre davantage sur la vie passée des moines en Haute-Savoie.

La fondation de l’abbaye d’Aulps vers 1095

L’histoire de l’abbaye Sainte-Marie-d’Aulps, ou plus simplement l’abbaye d’Aulps, remonte à la fin du 11e siècle. À cette époque, le clergé est puissant. Mais l’organisation de la société repose aussi sur le régime de la féodalité. Il faut alors savoir composer avec les différents seigneurs locaux. Des seigneurs qui cherchent par ailleurs à entretenir de bonnes relations avec les hommes d’église et, par leur truchement, avec Dieu…

Pour comprendre les origines de l’abbaye d’Aulps, il faut remonter vers la Bourgogne et l’abbaye de Molesme. C’est l’une des plus puissantes abbayes de l’époque, mais les relations qu’entretiennent les moines avec les seigneurs locaux déplaisent à certains ecclésiastiques. C’est notamment le cas de Guérin de Mousson, pour qui ces relations ne permettaient pas d’exercer sa foi avec la rigueur qu’il souhaitait.

Guérin décide de fonder sa propre abbaye. Profitant d’une occasion qui s’offrait à lui, il quitte la Bourgogne vers la vallée du Haut-Chablais. Près de l’actuelle commune de Saint-Jean-d’Aulps, en Haute-Savoie, il fonde son abbaye vers 1095.

Sous l’impulsion de Guérin de Mousson, l’essor de l’abbaye d’Aulps

Guérin, le premier abbé de l’abbaye d’Aulps, précise les règles de son abbaye. Elles sont fondées sur un mélange équilibré de vie solitaire (l’érémitisme) et de vie en communauté (le cénobitisme). Le travail manuel y occupe une place importante entre les prières. Et notamment le travail de la terre, comme en attestent encore aujourd’hui les jardins de l’abbaye d’Aulps.

Ce mode de vie particulier fait rapidement de plus en plus d’adeptes. L’abbaye grossit de plus en plus, et acquiert de nombreuses terres. Des terres agricoles, principalement, qui feront sa fortune au fil des siècles. Elles permettront à la communauté de l’abbaye d’Aulps de consolider ses ressources financières à travers l’agriculture ou l’élevage, notamment.

Pourtant, jusqu’au 18e siècle, l’abbaye d’Aulps alterne entre périodes fastes et phases de torpeur. À plusieurs reprises, l’abbaye se videra de ses moines pendant plusieurs décennies. Les suites de la révolution française, et sa défiance vis-à-vis du clergé, viendront mettre à mal l’abbaye d’Aulps. Elle sera progressivement laissée à l’abandon. Dans les années 1820, l’abbaye d’Aulps aura même servi de carrière de pierres, pour reconstruire l’église de La Moussière, à quelques kilomètres de là, détruite par un incendie !

Les expositions permanentes et temporaires de l’abbaye d’Aulps

Si la plupart des édifices qui constituaient l’ancienne abbaye d’Aulps sont aujourd’hui détruits, les lieux accueillent désormais un musée. À travers différentes expositions, il permet d’en apprendre davantage sur la vie d’un abbé à l’abbaye d’Aulps à travers les âges.

Une exposition permanente retrace ainsi l’histoire de l’abbaye d’Aulps, et plus généralement de la vie monastique au Moyen-Âge. Elle est organisée autour de plusieurs espaces thématiques.

Un espace de l'exposition permanente
L’exposition permanente du musée est organisée en plusieurs espaces, dont l’un sur la connaissance des plantes

En entrant, un premier espace détaille ainsi l’organisation de la vie en communauté au cœur de l’abbaye d’Aulps. Il précise les différents rôles des abbés, et l’agenda-type de la journée d’un moine. D’autres espaces permettent de découvrir la place de l’abbaye d’Aulps dans la région, ou comment son organisation a évolué au fil des siècles.

Avant de sortir, un dernier espace est consacré à la tradition herboriste des moines de l’abbaye d’Aulps. On y apprend l’utilisation des plantes médicinales, cultivées ou simplement cueillies, nombreuses dans cette région montagneuse.

L’exposition permanente de l’abbaye d’Aulps est plutôt interactive. En conséquence, elle saura intéresser les plus jeunes. Pour un public plus averti, on pourra néanmoins regretter son caractère somme toute assez sommaire. On aurait aimé plus de détails, et peut-être des informations davantage centrées sur les particularités de l’abbaye d’Aulps.

En sus, l’abbaye d’Aulps accueille également des expositions d’art temporaires. Celles-ci se trouvent aussi bien à l’intérieur du bâtiment (peintures) que dans les jardins de l’abbaye (sculptures).

À travers les jardins de l’abbaye d’Aulps

Les moines de l’abbaye d’Aulps attachaient une grande importance au travail manuel. Et notamment au travail de la terre, source de nombreuses richesses pour l’abbaye. En plus d’apporter des biens qui pouvaient être revendus, le travail de la terre permettait également aux ecclésiastiques de se nourrir, et ainsi vivre dans une relative autarcie.

Cette tradition botanique voire potagère se perpétue aujourd’hui encore dans l’enceinte de l’abbaye d’Aulps. Dans ses jardins, on pourra ainsi se promener à travers les allées du jardin botanique (l’Herbularius) ou du jardin potager (l’Hortus).

La majorité des espèces cultivées poussaient, semble-t-il, déjà au Moyen-Âge. Car cet espace n’est en réalité pas là que par coquetterie : il s’agit aussi d’un vrai travail scientifique d’expérimentations, qui a vocation à mieux comprendre la vie des moines au Moyen-Âge dans l’abbaye d’Aulps.

On en fait vite le tour, mais la promenade dans le parc n’est pas terminée. Le chemin remonte ensuite vers les hauteurs pour rejoindre l’ancienne abbaye d’Aulps, à proprement parler.

À peine un petit tiers de la nef tient encore debout, mais on devine encore les espaces et l’ancien cloître accolé. Mais surtout, on profite depuis les hauteurs du domaine d’un point de vue reposant sur les montagnes environnantes.

Informations pratiques

  • Le site de l’abbaye d’Aulps se trouve sur la D902 entre Thonon-les-Bains (à 25km) et Morzine (à 7km). Depuis Abondance, on peut également la rejoindre en coupant par le col du Corbier.
  • Les horaires d’ouverture de l’abbaye d’Aulps varient en fonction de la saison. Elle est ouverte tous les jours en été, mais en basse saison, seulement les après-midis en semaine. Le site est fermé chaque année du 1er novembre au 14 décembre. Plus d’informations sur le site officiel de l’abbaye d’Aulps.
  • L’entrée est un peu chère pour ce que c’est (7€), il faut bien le reconnaître.

Cet article a été rédigé sur la base d’un voyage effectué en juillet 2022.

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